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Rapport ELIS : situation actuelle et perspectives du secteur de la traduction

ELIS a récemment publié son rapport annuel présentant les résultats de son enquête sur les tendances du secteur de la traduction et de l’interprétation ainsi que sur les attentes des traducteurs et interprètes. Cette enquête a, une nouvelle fois, livré des enseignements intéressants, que nous souhaitons partager. Bien qu’elle ait été menée auprès des prestataires de services linguistiques (agences de traduction), des traducteurs indépendants, du monde académique et des étudiants, ce résumé se concentre sur les deux premières catégories : les agences de traduction et les traducteurs indépendants.

Selon la conclusion générale, les services de traduction traditionnels demeurent essentiels, mais subissent une forte pression en raison de l’essor rapide de l’intelligence artificielle et de la traduction automatique. Les traducteurs indépendants comme les agences constatent une baisse de leurs activités, des prix et de leur confiance en l’avenir. Parallèlement, les deux groupes cherchent à préserver leur position en se spécialisant, en développant de nouveaux services et en recourant à l’IA de manière responsable dans leurs processus de traduction.

Les traducteurs indépendants : une situation difficile, des solutions pragmatiques

En 2025, le nombre de traducteurs actifs a diminué de 11 %, contre 3 % en 2024. Les perspectives sont donc plutôt pessimistes et marquées par une incertitude générale quant à l’avenir financier de la profession. Cette situation est évidemment liée à l’essor de l’IA et de la traduction automatique. Les traducteurs restent néanmoins satisfaits de leur métier, notamment grâce à un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et leur attachement au secteur linguistique demeure intact.

Cet attachement explique sans doute leur réaction pragmatique : ils cherchent, au sein même du secteur linguistique, une nouvelle activité (principale) afin de sécuriser leurs revenus. Il peut s’agir d’autres activités de traduction (révision, post-édition, transcréation, etc.) ou d’autres activités liées aux langues. En outre, ils développent leurs compétences en IA, approfondissent leurs connaissances des outils d’IA et cherchent à se spécialiser dans certaines niches. Dans cette logique de diversification, ils poursuivent également leur recherche de clients directs, même si les agences de traduction font naturellement de même.

Aujourd’hui, environ 60 % des projets font intervenir la traduction automatique ou la post‑édition. Dans la moitié des cas, cette pratique est demandée par le client (principalement via les agences), tandis que dans l’autre moitié, elle est utilisée ou proposée par le traducteur lui‑même.

Enfin, un élément intéressant ressort de l’enquête : les traducteurs qui travaillent directement avec leurs clients éprouvent un sentiment de gratitude lorsque ceux-ci choisissent délibérément de faire appel à un traducteur humain malgré l’essor de l’IA. Ce sentiment contribue à leur satisfaction au travail.

Les agences de traduction : sous pression et en quête de solutions

Les agences de traduction dressent, elles aussi, un constat négatif de la situation du marché et partagent le pessimisme des traducteurs quant à l’avenir. Concrètement, le nombre d’agences actives a diminué de 32 % en 2025, contre 23 % en 2024. Cette baisse est plus marquée que chez les traducteurs et interprètes indépendants, qui disposent d’une plus grande souplesse dans leur fonctionnement.

Comme les spécialistes linguistiques indépendants, les agences s’efforcent de s’adapter à l’évolution du marché, surtout en développant de nouvelles activités et de nouveaux services, ainsi qu’en faisant évoluer leur modèle économique face à la nouvelle réalité.

Les agences de traduction adoptent généralement une vision plus positive des possibilités offertes par l’IA que les traducteurs. Elles considèrent l’IA comme un élément standard du processus de traduction, s’attendent à une augmentation globale des volumes grâce à cette technologie et voient dans l’interprétation un marché à fort potentiel de croissance. Elles estiment également que la localisation gagnera du terrain : le marketing localisé et ciblé ainsi que la transcréation prendront davantage de place et seront moins exposés aux effets de l’IA.

Attitude face à l’IA

Tous les acteurs de la chaîne de traduction considèrent désormais l’IA comme une réalité, même si leur perception de ses possibilités varie. De manière générale, plus on avance vers la fin de la chaîne, plus l’attitude à l’égard de l’IA devient critique. Les clients finaux voient plutôt positivement les possibilités offertes par l’IA et sont peu conscients des risques. Les agences reconnaissent son potentiel tout en étant très conscientes des risques et en s’interrogeant sur les attentes parfois irréalistes des clients. Les traducteurs, quant à eux, portent un regard plus négatif sur la qualité des traductions automatiques. Cette perception s’est encore détériorée par rapport à l’année précédente.

Le rôle des associations professionnelles

L’enquête comportait également une question ouverte sur le rôle des associations professionnelles. Trois attentes principales se dégagent. Premièrement, les répondants souhaitent que ces associations défendent activement la profession de traducteur et d’interprète, notamment face à des tarifs trop bas. Deuxièmement, ils attendent une communication active sur les risques liés à la traduction automatique afin de tempérer les attentes parfois excessives des clients en matière d’IA. Enfin, les répondants estiment que les associations professionnelles devraient encore renforcer leur communication avec les autres acteurs du secteur, notamment avec les agences de traduction.

Conclusion : les capacités d’adaptation et la spécialisation constituent des atouts majeurs

Même si la situation actuelle du marché est difficile et que les perspectives des agences et des traducteurs indépendants restent peu encourageantes, l’étude met en évidence l’importance d’une attitude pragmatique et d’une grande capacité d’adaptation. Les traducteurs indépendants se distinguent par leur aptitude à accepter la réalité telle qu’elle est et à s’y adapter, notamment en diversifiant leurs activités et en se spécialisant.